C’est un chiffre qui donne le tournis et qui illustre l’explosion du fait religieux dans la capitale congolaise. Lors de son récent passage devant les élus, le Ministre d’État, Ministre de la Justice, Guillaume Ngefa, a dressé un état des lieux sans concession sur la prolifération des associations sans but lucratif (ASBL) à caractère confessionnel. Le constat est sans appel : Kinshasa est au bord de la saturation.
Kinshasa, une capitale « sanctuaire »
Selon les statistiques officielles communiquées par le garde des Sceaux, la ville-province de Kinshasa compte à ce jour plus de 19 000 églises ayant obtenu leur personnalité juridique. Ce chiffre ne représente pourtant que la partie émergée de l’iceberg.
Le ministère de la Justice croule actuellement sous plus de 30 000 nouveaux dossiers en attente de traitement. Ces demandes de reconnaissance officielle proviennent majoritairement de nouvelles communautés qui souhaitent s’installer dans les quartiers déjà denses de la capitale.

Prolifération anarchique et nuisances
Pour le Ministre Guillaume Ngefa, cette multiplication n’est pas sans conséquence sur l’ordre public. Plusieurs problèmes majeurs ont été identifiés :
- Pollution sonore : Les tapages nocturnes et diurnes sont devenus le quotidien de nombreux Kinois, souvent au mépris des règles de bon voisinage.
- Occupation de l’espace : De nombreuses structures s’installent dans des zones résidentielles non appropriées, parfois sans respecter les normes d’urbanisme.
- Absence de contrôle : Le surplus de dossiers rend difficile le suivi régulier de l’éthique et des activités réelles de ces organisations.
Vers un durcissement de la réglementation dans le secteur à Kinshasa ?
Face à ce que beaucoup considèrent comme un « business religieux », le ministère de la Justice entend siffler la fin de la récréation. Guillaume Ngefa a souligné la nécessité de renforcer les critères d’octroi de la personnalité juridique pour les ASBL confessionnelles.
L’objectif affiché n’est pas de restreindre la liberté de culte, garantie par la Constitution, mais d’assainir un secteur devenu poreux à toutes sortes de dérives.
« Il ne suffit pas d’avoir une bible et quatre murs pour prétendre à une reconnaissance de l’État », a laissé entendre une source proche du ministère, insistant sur le besoin de traçabilité et de moralisation de ces structures.
Un défi de société
Cette situation pose une question de fond sur l’encadrement des cultes en République Démocratique du Congo. Alors que les églises de réveil continuent de se multiplier à un rythme effréné, le gouvernement semble désormais résolu à passer d’une logique de « simple enregistrement » à une véritable politique de régulation urbaine et sociale.
Pour les observateurs, ce dossier est une patate chaude : comment limiter la prolifération des églises dans une ville où la foi est souvent le dernier refuge face à la précarité sociale ?
Par la Rédaction | hekimanews.com

